
Troisième conférence du cycle Les Humanités, « L’Université Catholique de Lille engagée dans l’enseignement, la recherche et la vie de la Cité » nous a été présentée mardi 11 mars par Thérèse Lebrun et Gaston Vandecandelaere, anciens Présidents Recteurs de la Catho. Le sujet était illustré par les rôles emblématiques de Michel Falise et Norbert Ségard. Retour sur cette soirée instructive.
Un économiste et un scientifique. Un Président Recteur et un homme politique. Deux hommes pleinement engagés, Michel Falise et Norbert Ségard sont aujourd’hui considérés comme les deux « refondateurs » de l’Université Catholique de Lille. Leur contribution au rayonnement de notre institution fut particulièrement conséquente. Ils ont laissé leur empreinte jusque dans la transmission de leurs valeurs et objectifs à leurs successeurs, parmi lesquels Thérèse Lebrun et Gaston Vandecandelaere. Qui de mieux pour parler du rôle qu’ils ont joué dans le développement et l’engagement de l’Université dans l’enseignement, la recherche et la vie de la Cité ?
Des intellectuels techniciens au service du bien commun
Pour Norbert Ségard, l’Université Catholique de Lille semble une deuxième maison : d’abord étudiant entre les murs, il souhaite se préparer à devenir enseignant. Il travaille sa thèse dans un laboratoire et décide d’y créer un centre de recherche puis des écoles d’ingénieurs. Il deviendra directeur de l’Institut supérieur de l’électronique et du numérique (ISEN), créé en 1956. Homme politique plébiscité, sa popularité est due à sa volonté farouche de servir, à tous les niveaux. Modernisation et progrès technologique pour le progrès social ; engagement auprès des jeunes pour l’éducation ; campagne d’anti-tabagisme témoignant de son expérience personnelle après le diagnostic d’un cancer des poumons : « Je ne lutte pas contre le cancer, je lutte pour la Vie »… Norbert Ségard met ses convictions et ses valeurs au service du bien commun. Secrétaire d’Etat du commerce extérieur, il promeut le pays à l’international, c’est le « 1er représentant du commerce de France ». Ensuite secrétaire d’Etat aux PTT, il développe la généralisation des lignes et abonnements téléphoniques afin d’améliorer la communication au sens large du terme – qui lui vaudra le surnom de « ministre du téléphone ». Dans ce souhait de contribution à la société, il restera ministre jusqu’à son décès.
Michel Falise fut un élève brillant, diplômé de Louvain et Harvard en sciences économiques. Il se voit offrir un poste de direction d’une prestigieuse banque belge, son pays d’origine, mais le décline pour enseigner à l’Université Catholique de Lille, bénévolement d’abord. Devenu professeur, il développe alors le département des sciences économiques : à partir de 1961, il créé plusieurs écoles au sein de l’Université, comme l’Institut d’économie pour ingénieurs, le Centre de recherches économiques et de gestion, et l’Institut d’économie scientifique et de gestion. Ces mises en place sont plus que nécessaires : à son arrivée à l’Université, Michel Falise constate l’absence totale d’étudiants en Médecine ! La faculté de Droit se porte mal, les différentes formations proposées sont en sursis. La faculté de Sciences Économiques est alors construite sur les ruines de l’ancienne fac de Droit, avec comme stratégie payante, l’idée qu’il faut avant tout ramener les étudiants à l’Université Catholique de Lille avant de réinsuffler les moyens nécessaires au développement des départements annexes. Son travail conjoint avec Norbert Ségard permet de relancer l’ensemble. Michel Falise est nommé Vice-Président de l’Université en 1973, puis cette même année il succède à Monseigneur Leman comme Président Recteur. C’est la première fois en France qu’un laïc occupe le poste d’un prêtre à la tête d’une université catholique. Belge parmi les Français, force d’action parmi les universitaires, finalement Michel Falise se plaît à tenir un rôle complémentaire. Il souhaite « agir en homme de pensée et penser en homme d’action ».
Leur engagement avec et au-delà de l’Université Catholique de Lille
Ces deux personnalités bien implantées à Lille dans le secteur de l’enseignement, qui ont tant développé l’identité actuelle de notre institution, ont avant tout véhiculé leurs valeurs chrétiennes et humanistes. Tous deux fervents catholiques, Norbert Ségard et Michel Falise veulent mettre en œuvre leur vision par l’ouvrage et la formation des hommes. La grande amitié qui lia les deux hommes fut bénéfique à leurs différents chantiers, tant pour l’Université qu’à échelle nationale, et l’on ne peut empêcher le parallèle qui s’établit avec « les deux frères » qui les précédèrent : Camille Feron-Vrau et Philibert Vrau. Espérance spirituelle, innovation, autonomie, volonté de vivre-ensemble, lutte contre l’exclusion allant bien au-delà de la charité chrétienne, ils furent les fédérateurs modernes des secteurs scientifique et économique, et de l’ensemble de l’Université. L’être humain au centre de toutes leurs préoccupations. L’Homme doit être éduqué pour être libre et en capacité d’assumer ses responsabilités, exercer une solidarité universelle et selon Michel Falise, doit surtout « aimer, accueillir et donner l’amour ».
Leur empreinte, visible encore aujourd’hui
Thérèse Lebrun et Gaston Vandecandelaere ont tous deux côtoyé de près Michel Falise et Norbert Ségard. Comme d’autres de leurs proches, ils ont été marqués, guidés par ces personnalités à titre personnel et professionnel. Un héritage fort. Il en reste aujourd’hui une empreinte dans la pédagogie universitaire, à l’image de Michel Falise qui s’adressait aux jeunes en utilisant le passé pour mieux construire l’avenir, en assumant le présent. La poursuite de l’excellence personnelle doit elle aussi être mise au service de la société. La notion de « capital humain » à fortifier et enrichir via le goût d’apprendre, de travail, de service aux autres, de prise de risque, donne les précieuses capacités à admirer, à s’émerveiller. La foi de Norbert Ségard est marquée par l’incarnation (d’après E. Mounier), à un moment où la question du catholicisme social est très prégnante pour l’Eglise. Cet axe de réflexion s’est un temps fait plus discret, mais revient en force dans notre actualité face aux difficultés mondiales. En présence de deux des six enfants de Michel Falise, les témoignages personnels de Jean-Philippe Ammeux, du Père Michel Scheuer et du Père Bruno Cazin ont complété ces portraits.
Enfin, l’assemblée de presque 90 personnes (en présentiel et distanciel) a pu entendre l’intervention de Jacques Richir, médecin chrétien engagé dans le médico-social de l’Université Catholique de Lille, adjoint à la municipalité, clôturant la conférence. Il est revenu sur l’héritage de valeurs et l’inspiration certaine pour l’avenir de nos institutions et nos étudiants.
Ce cycle des Grandes Figures Humanistes se terminera le mardi 25/03 avec comme thème « L’Université Catholique de Lille : aux fondements du catholicisme social », une conférence donnée par le Père Thierry Magnin.